Employabilité des seniors : chassons les aprioris

8 octobre 2012 0 Par Pascale Kroll

L’image du senior est souvent cantonnée à la notion d’expérience, de maturité et de savoir-faire. Mais des à priori sont encore présents – à tord – dans certains esprits : moindre mobilité géographique, difficultés à s’intégrer dans une nouvelle entreprise, rémunération trop élevée, mauvaise connaissance des langues ou difficultés d’utilisation des nouvelles technologies.

 

Tribune rédigée par Olivier Spire, Président de Managers50.

En réalité, l’assemblage d’images fausses concernant l’employabilité des seniors est plutôt l’apanage de l’ignorance ou le fait de certains recruteurs qui hésitent à aller à contre-courant des idées reçues, de peur que leurs clients soient hésitants devant la séniorité de certains candidats.

La mobilité géographique des cadres de plus de 50 ans est bien plus grande que celle des jeunes

Notamment parce que les enfants sont plus grands et parce que la maturité des couples plus âgés facilite l’adaptation nécessaire à ce type de mobilité.

De plus, les cadres seniors étant souvent sollicités pour des missions temporaires, le déplacement se fait alors pendant la semaine avec un retour le week-end au foyer familial, et ce pendant une durée limitée.

Beaucoup de cadres d’expérience ont, d’autre part, un goût réel pour les orientations à l’international, en raison de l’intérêt professionnel que cela présente.

Sur l’intégration dans l’entreprise, les choses sont simples. Un senior n’est plus carriériste. Il ne cherche pas à « prouver », son objectif n’est pas de remplacer son chef. Ce qu’il souhaite, c’est de participer activement à la vie économique et sociale, avoir des responsabilités, transmettre son savoir, former et coacher les plus jeunes. Cette absence de carriérisme rend indéniablement très facile l’intégration d’un cadre senior dans l’entreprise, que ce soit pour une mission temporaire ou dans le cadre d’un recrutement CDI.

Sur la question des rémunérations, il est vrai, lorsqu’un cadre est plus âgé et qu’il est resté longtemps dans la même entreprise, que son salaire peut avoir évolué de telle manière qu’il apparaisse comme cher au regard des rémunérations du marché. Mais ce phénomène disparaît à partir du moment où le cadre concerné cherche un nouveau job.

Il y a très peu de seniors, en effet, qui n’aient pas l’intelligence de se positionner, en termes de rémunération, au niveau du marché, puisque c’est une contrainte dans la mesure où ils sont souvent en concurrence avec des cadres expérimentés mais plus jeunes (40, 45 ans, …).

Les cadres seniors ont la force de leur longue expérience

S’ils sont managers, ils ont une très solide compétence du management. S’ils sont plutôt techniciens ou experts, ils sont de très bons techniciens ou de très bons experts.

Dans tous les cas, ils ont une réelle capacité de transmission de leur savoir-faire et, pour certains d’entre eux, une bonne capacité à former et à coacher les jeunes.

Quand ils sont placés sous la hiérarchie d’un patron plus jeune qu’eux, le phénomène de non carriérisme évoqué ci-dessus facilite considérablement l’absence de conflit et la capacité à transmettre le savoir vient au bénéfice de leur hiérarchie. En fait, cela relève souvent d’un véritable travail d’équipe intergénérationnelle extrêmement efficace.

La problématique des langues est une réalité pour ceux qui n’ont pas pratiqué les langues étrangères plus jeunes. Il n’est pas très simple, en effet, de se mettre à l’anglais sur le tard … Mais, avec la multiplication des chaînes de télévisions étrangères et l’accès à l’apprentissage des langues par Internet, la situation est loin d’être irréversible pour ceux qui en ont la volonté.

Dans les faits, la pratique de l’anglais reste toute de même très courante car elle est souvent un besoin au niveau des fonctions d’encadrement et il faut bien reconnaitre que dans la majorité des cas, l’anglais professionnel courant est suffisant.

Sur l’utilisation des moyens technologiques récents, il est vrai que les jeunes cadres sont plus naturellement habiles dans les manipulations informatiques et dans l’utilisation intensive des réseaux sociaux, mais la quasi-totalité des cadres seniors utilise couramment la micro-informatique et Internet.

Dans l’échange intergénérationnel, il est probable que l’apport des plus jeunes vers les plus âgés ne se situe pas au niveau de l’utilisation des technologies, mais plutôt au niveau de la recherche des équilibres en matière de comportement, de relation avec les collaborateurs, de travail d’équipe, de cohabitation entre l’entreprise et ses cadres ou entre la vie dans l’entreprise et la vie personnelle.

Olivier Spire, Président de Managers50, cabinet spécialisé dans le recrutement des Cadres Seniors.