Féminisation des conseils d’administration : où en est-on ?

26 septembre 2012 0 Par Pascale Kroll

L’avis de Didier Vuchot, président Europe de Korn Ferry International, leader mondial de conseil en recherche de dirigeants (CEO, directeurs généraux, administrateurs). A noter : en 2011, les 2/3 de leurs missions de recherche d’administrateurs se sont conclu par le recrutement de femmes. Une volonté délibérée des grands conseils de se mettre en harmonie avec les textes de loi en vigueur, voire d’anticiper.

Qu’en pensez-vous de la loi sur la parité de janvier 2011* ?

Je suis, comme ces pays, pour que les choses convergent naturellement.  Mais si cela ne fonctionne pas, il faut donner un petit adjuvant. La France a souvent eu besoin d’un cadre défini pour bouger. Cela a été le cas avec la loi NRE concernant la transparence des rémunérations des dirigeants. Une concertation bien orientée avec une vision convergente des positions de tous aurait pourtant permis d’y arriver sans texte. Pour la féminisation, c’est un peu pareil. C’est seulement lorsqu’il y a un texte de loi que le processus s’accélère. Cela a été le cas pour la Norvège. En Allemagne, la composition des conseils d’administration est extraordinairement masculine. Ils n’ont pas de loi mais des programmes de mentoring…

Le problème vient plutôt de la manière dont les carrières des femmes ont été menées dans les entreprises. Le nombre de femmes dans les comités exécutifs est insuffisant. Il faut créer un effet d’aspiration pour élargir leur présence dans les comités exécutifs. C’est plus difficile dans le secteur industriel où le nombre de femmes dans les écoles d’ingénieurs, stagne à +/- 15 % depuis plusieurs années tandis qu’il est égal ou supérieur à 50 % dans les écoles de commerce, Sc Po, etc.

Dans ce contexte, quelles sont les préconisations de Korn Ferry pour régler ce problème de féminisation en haut lieu ?

Pour l’heure, un conseil sans femmes n’est pas sanctionné. Nous voulons aider nos clients à anticiper en démarrant cette féminisation des conseils avant les autres, de façon à bénéficier d’un vivier de candidatures le plus large possible.

Identifier des femmes talentueuses n’est pas plus compliqué que d’identifier des hommes talentueux ! Il y a cinq ans, le sujet était au bout de la table. Maintenant, il est au cœur des discussions. Cela a vraiment bien progressé. Aujourd’hui, nous avons identifié plus de 500 femmes dont le parcours leur permet d’accéder aux 250 premières entreprises françaises.

Plus largement, comment faire en sorte de diversifier davantage les conseils d’administration ?

Il faut que cela corresponde à une utilité dans l’intérêt social de l’entreprise. Pour certaines entreprises, le projet est très lointain, pour d’autres plus sensible, préoccupant, proche. Il y a deux ans, nous avons réalisé, pour le compte du Club XXIe siècle, un annuaire des personnalités issues de la diversité ayant les compétences requises pour devenir administrateurs de société. L’idée est qu’il serve de vivier pour des conseils encore dominés par des hommes blancs.

 

Quelles sont les principales évolutions constatées ces dernières années en matière de gouvernance d’entreprise et de désignation des administrateurs ?

La moyenne d’âge (59 ans en France) a plutôt tendance à se stabiliser voire à s’élever. En tout cas, nos conseils ne rajeunissent pas. Cela est liée au

fait que les personnes sont plus actives plus tard et que le poids du travail dans les conseils est tel qu’un CEO ne peut être dans 3 ou 4 conseils, mais dans 1 ou 2 maximum. Des textes sont en préparation en France afin que le nombre de mandats d’administrateurs soit limité à 3 contre 5 actuellement, ainsi que de limiter à 2 le nombre de mandats d’administrateurs pour des directeurs généraux.

Les conseils d’administration s’internationalisent depuis la fin des années 90. Plus du tiers des administrateurs des entreprises du CAC 40 ne sont pas français.

 

Faut-il toujours être énarque ou polytechnicien pour pénétrer ces conseils ou y’a-t-il diversification du diplôme d’origine ?

Ca s’est ouvert à d’autres diplômes, du type école de commerce. Mais Polytechnique et ENA restent encore majoritaires, quoiqu’en faible régression.

 

* La loi sur la parité de janvier 2011 prévoit l’instauration de quotas pour féminiser les conseils d’administration des entreprises cotées et des entreprises publiques, avec un taux de 40 % de femmes dans les instances dirigeantes à l’horizon 2017. 9 pays européens ont signifié à Bruxelles leur désaccord : ils refusent l’idée d’une directive européenne pour obliger les entreprises à agir sur ce sujet.