Le chasseur et le chômeur

9 octobre 2012 0 Par Pascale Kroll

Extraits de : « Chasseur de têtes, Chasseur de rêves » Editions Société des Ecrivains, dOlivier de Préville, dirigeant d’OP Search

 

Le chasseur de têtes est à la croisée des vies, la planète est son terrain de jeu.

Aimer le contact en étant au centre de la relation, aimer convaincre et orienter le cours des choses et la survie des autres, est un bon départ pour intégrer ce métier. Dans tous les cas, nous intervenons par ingérence. Pour le bien des candidats. Souvent dans leur routine, pour en modifier le cours par une proposition alléchante. Une certaine similitude d’action, souvent identifiée, d’ailleurs, au Père Noël, ne fait que rajouter un piment à ce beau métier lorsqu’il est pratiqué avec humanité et respect de l’autre.

« La grandeur d’un métier est avant tout d’unir les hommes ; il n’est qu’un luxe véritable et c’est celui des relations humaines » disait Antoine de Saint-Exupéry.

 

Le rôle du chasseur de tête consiste à débaucher un salarié en poste

Ceci afin de lui proposer une opportunité professionnelle a priori plus intéressante que celle qu’il tient en main.

Le chasseur est un aiguilleur de routes, œuvrant sur une population sans trajectoire prédestinée, sans but conscient.

Je ne doute pas que ce descriptif puisse susciter des vocations. Un vrai jeu de piste en effet. A la croisée de l’enquête et de l’énigme policière. D’Hercule Poirot à Sherlock Holmes. Analysant les deux parties, client et candidat, il doit être capable de trouver pour le premier, la pièce manquante du puzzle de son entreprise ; pour le second, il s’agira de répondre, par anticipation à un souhait non exprimé, par celui-ci d’une progression professionnelle.

 

On ne joue pas avec des familles entières. Lorsque nous nous apprêtons à contacter un candidat pour lui transmettre l’offre de son  employeur potentiel, nous ne devons pas oublier la responsabilité qui est la nôtre. En acceptant cette offre, le candidat modifiera le cours de sa vie et de son entourage. Quelques jours avant notre coup de fil, il ne s’imaginait pas changer d’entreprise et par là même, peut-être, de lieu de vie. Il n’imaginait pas qu’il « déscolariserait » ses enfants trois mois plus tard pour une aventure familiale en Asie ou ailleurs.

Notre appel va donc changer sa trajectoire « autoprogrammée ». Notre insistance argumentée, aura peut-être raison de sa résistance. Le rapprochement que nous opérons donnera lieu à divers changements de trajectoires aux effets multiples : revente de la maison, changements d’écoles, pertes d’amis et espérance de nouveaux, démission de la compagne ou du mari pour accompagner le plus important revenu du couple dans son aventure. Mais la joie est notre quotidien. Que de candidats approchés puis « déplacés » ont trouvé leur « moitié » dans leur nouvelle entreprise, donnant lieu à une progéniture dont nous sommes en partie (en partie seulement !) responsables. D’autres, lassés d’une vie routinière sans espoir de changement, ont « décollé » après notre appel, trouvant, enfin, le poste dont ils rêvaient. Nous sommes, donc moralement responsables des choix que nous conseillons et de leurs conséquences.

Quelle belle vie que de pouvoir orienter celle des autres !

Peut-être ne sommes-nous que des « bras agisseurs », des portes paroles, des lanternes de vie…

 

[…] 

Si chacun de nous vivait une période de chômage…

…(courte, mais suffisamment longue tout de même), ne percevrait-il pas sa reprise d’emploi comme un privilège ?

Je m’étonne souvent de la maturité acquise par les anciens chômeurs, ceux qui ont mangé leur pain noir pendant ces durs mois de doute. Être d’un seul coup hors course, sans prévenir, pensant que ça ne pouvait arriver qu’aux autres, tel une maladie honteuse. Car le travail procure un rôle et une identité à chacun. Lorsqu’on en est privé, il faut se battre contre soi-même pour ne pas céder au découragement et à l’affolement, et puiser en soi assez de force et de lucidité pour remonter la pente et donner un nouveau cap à sa vie.

Et pourtant, n’est-ce pas une chance qui est donnée ? Permettre à chacun d’ouvrir les yeux sur sa propre vie. N’est-ce pas lorsque l’on a connu, puis manqué que l’on découvre ce que l’on a perdu.

« C’est maintenant que tu m’annonces que tu me quittes que je découvre à quel point je t’aimais ».

 

Extraits de : « Chasseur de têtes, Chasseur de rêves » Editions Société des Ecrivains

Olivier de Préville, dirigeant d’OP Search