« Les formations RH, trop axées stratégie et pas assez opérationnelles, ne favorisent pas l’employabilité de leurs jeunes diplômés »

9 mars 2015 0 Par Pascale Kroll

C’est un des enseignements de l’étude « 1er emploi dans les ressources humaines » réalisée par HRcareers, site emploi dédié à l’emploi et à la formation en ressources humaines et droit social.

Alors, le marché de l’emploi est-il clément pour les jeunes diplômés de la fonction RH ? Le point de vue d’Aziz Boustil, dirigeant d’HR Careers.

 

Quels sont les principaux résultats qui ressortent de votre enquête ?

L’étude « 1er emploi dans les ressources humaines » réalisé par HRcareers a un objectif principal : mettre en lumière les difficultés (réelles ou supposées) rencontrées par les étudiants RH dans leur accès au marché du travail.

Trois éléments majeurs ressortent de cette enquête :

1. Les jeunes diplômés RH mettent en avant ce qu’ils pensent être une forte contradiction. Celle des entreprises leur demandant une expérience professionnelle a minima de 2/3 ans alors qu’ils sortent tout juste de formation. Comment pourraient-ils dès lors bénéficier de cette expérience ? Pourquoi ne pas leur donner une chance de prouver ce qu’ils ont appris ?

Leur constat : les postes qu’ils jugent intéressants sont ouverts aux candidatures avec un nombre d’années d’expériences (hors stage) plus important que ce qu’ils peuvent avancer. Comment se positionner ? Face à cet état de fait, certains d’entre eux « s’obligent » à prendre un poste en deçà de leurs ambitions de départ. Ce qui nous amène à notre 2nd point.

2. Les jeunes diplômés RH pointent du doigt leurs formations qui ne sont pas toujours à la mesure de leurs attentes. Elles (pas toutes bien entendu) ne les prépareraient pas suffisamment aux problématiques de recherche d’emploi et d’employabilité.
Une formation RH qui ne prépare pas aux enjeux du marché du travail. Un peu bizarre non ?
L’employabilité est aussi mis en avant dans le sens où les formations bien que très qualitatives ne répondent pas toujours à ce que recherchent les entreprises en recrutant des jeunes diplômés. En d’autres termes, des formations axées stratégie RH, là où des entreprises souhaitent recruter des opérationnels RH, surtout lorsqu’il s’agit de jeunes profils.

3. Enfin les jeunes diplômés RH sont très surpris par la rémunération qu’ils vont percevoir pour leur 1er emploi. Avec une moyenne générale de 25.4K€ (26.1K€ pour les bac +5), ils notent une vraie différence par rapport à ce qu’on leur avait « promis » durant leur formation et à ce qu’ils ont pu lire dans certaines études de rémunération. Le marché des professionnels RH étant ce qu’il est, les salaires connaissent une tendance baissière. 9 % des jeunes professionnels RH sont recrutés au SMIC !

Quel message cela vous donne-t-il envie de livrer aux entreprises qui recrutent ces jeunes ?

55 % des jeunes diplômés RH sont recrutés dans des entreprises de plus de 500 salariés. Ces grandes entreprises ont intégré le rôle majeur que sont et seront amenés à jouer les professionnels des ressources humaines.

Les jeunes professionnels de la fonction souhaitent rapidement occuper des postes à dimension stratégique. Le message à transmettre est non pas tant aux entreprises qui recrutent ces jeunes mais plutôt à celles qui sont plus frileuses. L’idée générale est de remettre la fonction RH au cœur des activités de l’entreprise. C’est un enjeu bien plus global mais duquel découlera l’emploi des jeunes professionnels RH.
Il s’agit aussi de donner leurs chances à ces jeunes professionnels qui, malgré leur manque d’expérience, ont pour la plupart une forte soif d’apprendre, et qui auront à cœur de prouver leur efficacité et leur professionnalisme.

L’autre point auquel il faut prêter attention est (une fois encore) celui de la rémunération qui peut atteindre des niveaux bien trop « bas ». Un professionnel ayant validé un bac + 5 et une expérience d’une ou deux années en alternance pourrait percevoir un salaire de 23/24K€ par exemple. Cela ne peut être acceptable et se constatera indéniablement sur la motivation/productivité du collaborateur qui se sentira lésé.

Quels sont vos conseils à ces jeunes diplômés pour améliorer leur employabilité ?

Le 1er conseil que je donnerais, mais qui pourrait être le même pour nombre de fonction professionnelle, est de favoriser un cursus en alternance.
Un étudiant, diplômé d’un Bac + 5, doit tout mettre en œuvre pour valider ses deux dernières années (celle de son master) en alternance. Les formations et les pouvoirs publics ont un rôle primordial à jouer pour encourager ces cursus. Les entreprises privilégient les professionnels ayant une bonne connaissance du monde de l’entreprise. Certaines formations ne proposent qu’un stage de 3/4 mois pour valider un master. Comment un étudiant sortant de ce type de formation pourra-t-il la valoriser dans sa quête du 1er emploi ?

2nd conseil : ne pas hésiter à se spécialiser rapidement. Les étudiants RH ont tendance à croire que l’herbe est plus verte dans les postes généralistes. Ils s’imaginent que les missions seront bien plus intéressantes dans ce type de poste.

Mais lorsqu’on est « bon » un peu partout, on est expert nulle part.

Les entreprises privilégient des profils ayant une connaissance pointue de leur métier. Si on ajoute à cela la forte tension (peu de postes, beaucoup trop de candidats) autour des postes de généralistes RH (assistant RH, chargé des RH,…), le calcul devrait être rapidement résolu.
Des métiers tels que la paie, le SIRH et dans une moindre mesure le recrutement, regorgent d’opportunités à saisir. Vous aurez tout loisir à mesure de votre carrière de revenir vers des postes un peu plus généraliste. Une majorité de jeunes professionnels RH pensent que seul un poste de généraliste, pourrait les conduire vers le sacro saint poste de DRH voire de RRH. C’est faux !